Ce qui est génial quand on est caissier, c’est que pendant six heures et demie par jour, on peut profiter de cinq voir dix minutes de la vie des gens. On peut les observer, les écouter, sans même que la plupart ne le remarquent.
Ils ne le remarquent pas, non. Pour cause, la petite vieille qui est actuellement en train de payer bloque tout le monde parce qu’elle n’a pas encore récupérée ses articles. Evidemment la caisse n’est pas non plus assez rapide, mais on notera qu’aucune caisse n’est jamais assez rapide. Mais surtout, on s’inquiète des surgelés encore dans le caddy, qu’on ne peut même pas encore foutre sur le tapis, de la chaleur du moment, de savoir si on sera rentré assez rapidement à la maison, et surtout, du mec de devant qui pue la transpiration.
Moi, tout ce que j’ai à faire, c’est de tendre le bras assez rapidement pour garder un bon rythme, taper deux trois choses pour encaisser, et passer au suivant. Ça laisse pas mal de temps pour observer les gens, forcément.
Y’a les vieux, fripés de partout, qui sentent déjà presque le sapin, et qui à peine arrivés guettent un regard, un sourire. Ils sont gentils pour la plupart. Parfois énervants, parce qu’ils sont vieux, justement. Trop lents, trop inadaptés, trop tout. Peut-être même trop gentils, tiens.
Oui madame, maintenant il faut faire votre code de carte bancaire.
Puis y’a les jeunes couples. Y’a ceux qui ont l’air de s’emmerder profondément entre eux, le regard éteint.
Nous verrons dans la suite ces derniers, mais aussi les vieux cons, les jeunes cons, et les allemands.