03:20, Duke et le taxi

Je suis ivre, mais pas encore trop. On peut déjà retracer la soirée aux odeurs de whisky et de bière qui imbibent ma chemise.

Je commence à me faire àla vie parisienne. Je respire parisien, je marche parisien, j’insulte parisien, et je me branle discrètement parisien. Faudrait pas effrayer la vieille voisine d’à coté pendant que je met à l’épreuve les ressorts de mon matelas.

Duke et le taxi. Je les ai rencontrés en rentrant de la crémaillère de la soeur d’un ami. Après avoir longuement cherché un noctilien, disons au moins dix minutes, et dieu sait que par ce froid le temps se fige, je me suis résigné à prendre un taxi.

De manière générale j’adore ^rendre le taxi. Il n’est pas utile de discuter, juste contempler. Vous savez, ce truc dans les trains, le paysage qui passe et la sensation d’éloignement. C’est pas des conneries. Et on retrouve ça dans les taxis. Juste, passer, regarder. Les lumières encore allumées aux étages, les gens sur le trottoir, les lumières chaudes des feux. Bref, j’adore les taxis; plus encore que les trains.

J’étais donc là à me refroidir à coté d’un arrêt taxis. Je monte dans le premier venu, en fait vignt mètres plus loin, arrêté en double file, à me faire signe jusqu’à ce que je comprenne; et là, rien. Quand vous montez dans un taxi, première chose, dire une adresse, ou parfois essayer. Cela dépendra de l’état dans le quel vous vous trouvez. Ensuite, s’installer, chacun à sa manière. C’est uniquement à ce moment là que vous pénétrez dans le taxi. Son odeur, s’il passe de la soupe à la radio -et parfois rien-, sa manière de conduire, s’il a envie de parler ou pas.

Ce qui fera d’un taxi ce taxi.

C’est à ce moment là qu’on s’aperçoit que le taxi passe du jazz. Non pas que je m’y connaisse particulièrement en jazz, j’ai bien quelques références mais mes connaissances s’arrêtent là. C’est aussi le moment où l’on s’aperçoit que rien, non rien, ne se prêtait aussi bien qu’un doux jazz à ce moment là. Je serai bien incapable d’expliquer pourquoi.

Et de lui demander de monter le volume. Et parfois de l’entendre donnre quelques recommandations entre deux morceaux. Une sorte de clin d’oeil, ou que sais-je.

Je me suis senti vivant. Calmement vivant. Comme si le goût de la vie s’était intercalé entre moi et tout ce que je voyais.